Comprendre le langage canin : au-delà de l’anthropomorphisme.

“Mon chien adore les balades”, “il aime les enfants”, “ma chienne adore aller au parc”, “elle a l’air triste quand on ne fait rien”… Nous prêtons tous volontiers des goûts, des émotions ou des intentions à nos chiens, mais sur quoi se base-t’on pour affirmer tout ça ?
N’est-ce pas souvent davantage le reflet de ce qu’on aimerait qu’il ressente plutôt qu’un réel effort de compréhension de leurs signaux de communication ?

Nos chiens ont leur propre langage, fait de postures, de vocalises et de signaux de communication. Ces signaux, s’ils ne nous permettent pas toujours de comprendre tout ce qu’ils ressentent, nous permettent souvent de situer dans quel type d’émotion ils se trouvent à un moment donné ou à minima de prendre du recul par rapport à nos interprétations et nos envies. 

L’anthropomorphisme : une habitude humaine naturelle

Attribuer des pensées, des intentions ou des émotions humaines aux animaux, c’est ce qu’on appelle l’anthropomorphisme. Et il n’a rien d’anormal : c’est une tendance naturelle.
Nous aimons nos chiens, nous les considérons comme des membres de la famille, et nous avons besoin de créer du lien avec eux. Alors, quand on les voit “sourire” lors d’un câlin avec notre cousin, ou “sauter de joie” en nous voyant rentrer, il est tentant d’y voir exactement ce que nous ressentirions à leur place. On va donc imaginer que notre chien aime faire des câlins, adore avoir du monde à la maison ou se rendre au parc canin. A l’inverse on leur prêtera plus facilement des émotions négatives envers des choses qui nous déplaisent ou nous intéressent moins.
Le problème, c’est que ces projections nous empêchent de voir ce que nos chiens essaient réellement de communiquer.

Les dommages de l’anthropomorphisme

Les chiens ont leur propre langage, riche et subtil. Ils communiquent à travers leurs postures, leurs regards, leurs mouvements, leurs vocalises, et surtout grâce à ce qu’on appelle les signaux de communication. Ces signaux leur permettent d’exprimer leur inconfort, leurs intentions et toutes leurs émotions en général.
Quand on interprète tout selon nos codes humains, on risque de passer à côté de ces signaux.

Par exemple :

  • Un chien qui “sourit” n’est pas “heureux” : il est souvent stressé ou mal à l’aise.
  • Un chien qui “ne bouge plus” n’est pas “sage” : il peut être en inhibition, bloqué par la peur.
  • Un chien qui “fait le fou” à l’arrivée d’un visiteur n’est pas toujours “content” : il peut être surexcité ou mal à l’aise.
  • Un chien qui détruit en votre absence ne se “venge” pas : il exprime un mal-être lié à la solitude

Une mauvaise interprétation peut nous conduire à répondre à côté des besoins réels (voir Les besoins du chien) du chien. Et sans le vouloir, on peut accentuer un inconfort, un mal-être ou un stress.

Revenir à une observation objective

Heureusement, apprendre à observer objectivement son chien, ça s’apprend.
L’idée n’est pas de tout comprendre dans les moindres détails, mais d’apprendre à observer avant de juger.
Voici quelques pistes simples pour commencer :

  • Se renseigner sur les besoins des chiens sans quoi aucune compréhension n’est possible. (voir webinaire comprendre son chien)
  • Observer sans interpréter : notez ce que vous voyez (position des oreilles, de la queue, tension du corps, regard) avant de penser à ce que cela veut dire. 
  • Prendre en compte le contexte : un même comportement n’a pas la même signification selon la situation (jeu, rencontre avec un inconnu, solitude, extérieur/intérieur etc.)
  • Demander un regard extérieur : un.e professionnel.le du comportement peut vous aider à décrypter ce que vous observez.

Petit exemple :
Un chien tire sur la laisse pour partir en balade, il sautille, se déplace rapidement, halète, regarde de gauche à droite, On pourra facilement se dire que ce chien est heureux d’aller se promener car il montre des signes d’excitation. Or il y a des chances que ce chien soit plutôt stressé par la situation : les chiens sont des animaux qui explorent avant tout grâce à leur odorat, il est donc nécessaire pour eux de prendre le temps de sentir les odeurs. Nous appréhendons notre environnement davantage au visuel c’est pourquoi de notre point de vue regarder un peu partout en avançant rapidement reflète plus de la joie ou de la motivation que de l’inconfort ou du stress.
À l’inverse, un chien calme qui trottine, renifle et prend son temps, exprime souvent un vrai plaisir de se promener.

Conclusion

Les erreurs d’interprétations des émotions de nos compagnons sont parfois sans conséquences mais souvent elles conduisent à des situations de mal-être pour nos chiens qui peuvent même devenir dangereuses.
Nos chiens n’ont pas besoin qu’on leur prête des intentions humaines, ils ont déjà tout un langage que nous comprenons encore trop peu.
En faisant cet effort de compréhension on découvre un être vivant avec ses propres besoins, son propre rythme, son propre langage. Ce travail d’observation demande un peu d’effort, mais améliore considérablement la qualité de la relation et permet d’éviter de nombreuses situations qui peuvent avoir de lourdes conséquences pour leur bien-être.

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